Chronique Juridique – Laïcité et neutralité : entre falsification et réalité

 
 

Cette semaine, la Chronique Juridique I&I se penche sur le principe de laïcité et tente d’apporter une définition claire et simplifiée.

Pas un jour ne passe sans que l’actualité nous ramène vers ce sacro-saint principe de laïcité. Dernièrement, ce sont « les restos du cœur » qui ont fait polémique en refusant qu’une bénévole voilée puisse donner de son temps.

Comme toujours, « la laïcité ainsi que la neutralité religieuse et politique » ont été mises en avant par les responsables de l’association. Dommage que ce devoir de neutralité religieuse ne s’applique pas lors des collectes de dons (à ce moment-là, le voile ou la religion importe peu, puisque nous sommes tous français, égaux … etc).

 Du fait de la complexité du terme, mais aussi de sa lecture erronée et falsifiée, la majorité des français ne peut définir clairement ce qu’est la laïcité.

Dès lors, qu’est ce que la laïcité et la neutralité religieuse ? Quelles sont les différences entre ces deux termes ?

Il ne sera pas question ici de mener une étude approfondie sur la question, ni de voir comment ce principe a été utilisé à des fins électoralistes et idéologiques (je vous renvoie aux livres de Jean Baubérot et de Raphaël Liogier). Le but de cet article est de donner une définition simple, pouvant être utilisée quotidiennement face à la bêtise humaine !

 

Historiquement, la laïcité est le fruit d’une histoire religieuse conflictuelle en France. Mais contrairement aux idées reçues, elle n’est pas apparue avec la loi du 09 décembre 1905 (relative à la séparation de l’Eglise et de l’Etat). Ce principe a été posé dans un premier temps par la Déclaration des Droits de l’Homme de 1789. La Loi de 1905 est venue consolider cette ébauche de libre exercice des cultes, en séparant le culte de l’autorité publique.

 

La laïcité ou le sécularisme se définit comme « le principe de séparation de l’État et de la religion ». Il se n’agit donc pas de l’éradication des religions de l’espace public, mais bel et bien d’une impartialité ou neutralité de l’État à l’égard des confessions religieuses. Cette laïcité originelle pose comme fondement la neutralité religieuse de l’État.

L’État n’intervient pas dans le fonctionnement de la religion, sauf si la religion est persécutée (article 1 de la loi du 9 décembre 1905 : “l’État garantit l’exercice des cultes.”).

A titre d’illustration, la mise en place du CFCM par l’autorité publique apparaît comme une transgression manifeste à ce principe, cher à tant de nos sangsues hommes politiques et médias.

 

Mais ce principe est à différencier de celui de neutralité. La neutralité religieuse est un principe qui s’applique à l’Etat, aux agents publics, et aux élèves jusqu’au lycée. Ce devoir de réserve religieuse découle de la laïcité mais ces deux termes ne peuvent  se confondre.

Et là réside la source des problèmes actuels. Pour des raisons idéologiques et électoralistes, une confusion a volontairement été créée dans l’esprit des français.

Une classe médiatico-politique, pour qui certaines religions constituent des maladies, a tenté de vendre un sécularisme erroné, dont le but est de façonner un monde sans croyants catholique ou musulman. Mais comme toute escroquerie (intellectuelle ou commerciale), la vérité finit par éclater un jour ou l’autre et ce grâce à la connaissance et à la réflexion.

 

En conclusion, retenons que la laïcité est la neutralité de l’Etat vis-à-vis des cultes : l’Etat n’intervient pas dans les religions et inversement. Ce principe est à distinguer de celui de neutralité religieuse, qui ne s’applique qu’aux agents publics et aux écoliers/collégiens/lycéens.

Mais le devoir de neutralité ne signifie pas abandonner sa religion, ni devenir athée. Il s’agit d’éviter d’exprimer son opinion religieuse lors des missions ou des heures de cours (pour les élèves).

Cette lecture volontairement erronée de ces principes n’a qu’une seule finalité : l’éradication du fait religieux de l’espace public et privé.

 

Lamir Hassouni

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