Geoffroy de Lagasnerie tacle les islamophobes du Printemps Républicain

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Geoffroy de Lagasnerie tacle le Printemps Républicain

Son texte que vous pouvez retrouver sur son FB :

Je m’étais promis de ne jamais intervenir à propos du “Printemps républicain”. Je considère que c’est un groupuscule insignifiant et je suis persuadé que l’un des problèmes qui se posent dans l’espace public est notre tendance à surréagir à ce que font les groupes réactionnaires. Mais depuis quelques semaines, de nombreux amis m’interpellent à propos des campagnes récurrentes de disqualification dont le “Printemps républicain” est l’un des principaux acteurs aujourd’hui, et dont l’affaire Rokhaya Diallo est l’une des dernières en date, en disant qu’il faudrait trouver un moyen de réagir, de dénoncer.

Je leur répondais toujours : « Non, il faut les ignorer ».

Mais je pense que je me trompais. Je me demande même si ma manière de dire « il faut les ignorer » n’était pas liée au fait que j’étais blanc et que, n’étant ni arabe ni noir, je n’étais pas susceptible de devenir la cible de leurs attaques – en sorte que je n’étais pas autant touché par leurs opérations – et que je sous-estimais les dommages objectifs et les souffrances qu’ils causent.

Car il est vrai qu’il y a un problème majeur avec ce que fait le Printemps Républicain en ce moment. Leurs actions ont des conséquences réelles et symboliques considérables et il faut trouver des moyens de les stopper.

Régulièrement le Printemps Républicains lance – ou suit – des campagnes qui visent à exclure du champ politique, culturel ou médiatique des personnalités. Ses campagnes s’articulent à des motifs très différents, elles prennent pour objet soit des vieux tweets soit des prises de position émises par telle ou telle personne.

On a souvent tendance à être pris au piège de leurs opérations en leur répondant en répondant au sujet de la polémique lancée -sur la laïcité, sur le racisme d’Etat, etc.

Mais en fait, le plus important n’est pas là. Peut-être en réagissant ainsi perdons-nous de vue l’essentiel, qui se situe dans le profilage racial qui guide les activités du Printemps Républicain.

Nous vivons dans un champ culturel au sein duquel il existe une sous-représentation massive des noirs et des arabes. Et pourtant, si l’on récapitule la liste de celles et ceux qui ont du subir les campagnes de disqualification du Printemps Républicain, on ne trouve que des Noirs et des Arabes : Mehdi Meklat, Badroudine Saïd Abdallah, Oulaya Amamra, Mohamed Saou, Rokhaya Diallo, Yassine Bellatar, Karim Rissouli, et, dernièrement, Widad Ketfi.

Certains s’étonneront peut-être de trouver Mehdi Meklat dans cette liste … parce que ce qui s’est passé autour de ses vieux tweets nous met mal à l’aise – et donc il y a toujours cette impression que, pour lui, c’était « justifié »…. C’est pourtant le point de départ. Je suis persuadé que la controverse autour de ses tweets est une bataille culturelle que nous avons perdue et qu’il aurait été possible de resignifier ses tweets d’un point de vue de gauche, articulé à une réflexion sur la question du transfuge, de l’antisémitisme, de la misogynie, de l’homophobie… dans certaines fractions des quartiers populaires, du droit au changement et à l’oubli, etc. Mais nous avons laissé faire. Nous avons perdu cette bataille. Et maintenant, ils se déchaînent.

Lorsque l’on veut comprendre un phénomène social et politique, il ne faut pas se concentrer sur la manière dont il se présente. Il faut regarder ce qu’il fait objectivement. Et ce que fait aujourd’hui, objectivement, le Printemps Républicain, c’est une succession de campagnes qui prennent pour cibles des Noirs et des Arabes afin de les renvoyer à l’illégitimité et à l’invisibilité. Le dispositif qu’ils mettent en place est raciste au sens où tout se passe comme si ce groupuscule posait des conditions d’accès à l’espace public et à la parole publique pour les Noirs et les Arabes en sorte que, à moins de faire allégeance à certaines idéologies, ils n’y étaient pas légitimes et devaient en être exclus.

Après tout, il est frappant de remarquer que des auteurs comme Mathieu Rigouste, Frédéric Lordon ou moi, et bien d’autres encore, avons pris des positions sur le racisme d’Etat, Charlie Hebdo, la Police, etc. Et pourtant, jamais nous n’avons pas été la cible de telles attaques. Ou alors, lorsque nous avons été la cible de ces attaques, elles n’ont jamais pris cette proportion. Pourquoi ? Parce que les opinions que le printemps républicain fait croire qu’il prend pour cible ne sont en fait qu’un prétexte. Ce qu’il vise en réalité, ce qui déclenche son attaque, c’est l’identité même du locuteur, son apparition dans le champ culturel, son existence. Et comme une structure raciste est à l’œuvre dans le choix de ses cibles, un inconscient raciste est aussi à l’oeuvre dans les conditions du succès de ses opérations : le fait que les campagnes du Printemps Républicain parfois réussissent est dû au fait qu’elles réactivent l’inconscient raciste pour lequel les Noirs et les Arabes sont toujours perçus comme des intrus dans l’espace public qui devraient donner des marques de bonnes conduites ou de politesse pour y être pleinement admis – ce qui rappelle le schéma que Sayad décrit pour l’immigration toujours perçue comme une délinquance ontologique…

Au fond, Je me demande si l’on ne pourrait comparer le Printemps Républicain à une sorte de Ku Klux Klan culturel, qui entend maintenir une suprématie blanche dans l’espace public et qui brûle des croix en forme de “Charlie” à chaque fois qu’un Noir ou un Arabe fait irruption dans le champ. Je n’aime pas beaucoup l’expression “police de la pensée” mais c’est peut-être ici l’un des rares cas où elle s’applique. Après tout, puisque l’on sait que l’une des fonctions de la police est de maintenir une suprématie blanche sur l’espace public (https://twitter.com/franceculture/status/831397571167997952), on pourrait dire que le printemps républicain remplit une fonction de police dans l’espace médiatique et politique. C’est peut-être d’ailleurs en raison de cette homologie que le Printemps républicain est toujours si solidaire de la police et en insurrection contre les mouvements de lutte contre les violences policières.

Les opérations du Printemps Républicain réactivent des formes de violences symboliques et de hiérarchisations raciales à l’œuvre dans le monde social. Elles produisent beaucoup de souffrance, d’inquiétude, de violence. Elles ne peuvent pas ne pas heurter, angoisser, et produire des sentiments d’illégitimité, de précarité et d’autocensure chez beaucoup de non-blancs : puis-je dire ça ? A quoi je m’expose si je dis ça ? avec qui je peux m’afficher ?

Autrement dit, le printemps républicain n’est pas un groupe qui défend même une version stricte de la laïcité. C’est un groupe qui défend une suprématie blanche dans l’accès légitime à l’espace culturel, politique et médiatique.

La question qui se pose alors immédiatement est : comment devons-nous lutter contre le printemps républicain ? C’est une question aussi large et difficile que « Comment lutter contre le racisme » ? En tout cas, il est certain que si nous voulons leur faire perdre leur efficacité nous devons au maximum les nommer, les disqualifier, les révéler pour ce qu’ils sont.

La Manif pour tous vient d’être définitivement désignée comme un groupe homophobe et pouvoir le dire est une grande victoire de la vérité. Peut-être le point de départ d’un mouvement de contre-offensive est-il alors, dans le même mouvement, de commencer par dire que le Printemps Républicain est, objectivement, un groupe tangent au racisme.

 

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