Badinter et Valls combattent les salafistes mais aiment leurs pétrodollars !

Depuis une semaine, une énième polémique vilipende la pratique islamique et notamment le port du voile. La sortie de Laurence Rossignol au sujet des femmes voilées et de la dite “mode islamique” provoqueNT d’âpres débats sur les plateaux de télévision et les réseaux sociaux.

La sortie médiatique d’Elisabeth Badinter préconisant le boycott des marques qui se laissaient tenter par la “mode islamique” a fait l’effet d’une bombe dans l’intelligentsia française. La figure de proue du féminisme, qui a récemment déclaré qu’il ne fallait pas avoir peur d’être accusé d’islamophobie pour défendre la laïcité, a fait savoir lors d’une interview à l’AFP que la “seule réponse [ à ces marques vestimentaires qui veulent vendre des tenues islamiques est ] le boycott”. L’offensive de Badinter a rapidement été soutenue par une grande partie de la classe politique française. Seul François Bayrou a officiellement montré son désaccord en dénonçant un ethnocentrisme occidental où “nous ne regardons que nous-mêmes”.

La polémique a pris une nouvelle ampleur lorsque devant un public conquis, Manuel Valls a déclaré que “le voile est un asservissement de la femme” et “un instrument politique”, soutenant ainsi les propos islamophobes de la Ministre des Droits des Femmes Laurence Rossignol. Le Chef du gouvernement a dénoncé une montée du salafisme qui est en train de “gagner la bataille idéologique”, en regrettant qu’ “il n’y a qu’eux finalement qu’on entend”. Des propos jugés abusifs par le président du CFCM Anouar Kbibech qui refuse de valider l’hypothèse “d’un raz-de-marée de la pensée extrémiste et salafiste”.

Les propos d’Elisabeth Badinter et Manuel Valls ont été commentés par la presse, les politiques et les réseaux sociaux depuis plusieurs jours. Mais combien ont dénoncé le double discours de ces deux opposants farouches au voile et au salafisme ? Le travail des éditorialistes et des journalistes aurait dû être de pointer les connivences entre les deux principaux protagonistes de cette polémique au sujet du voile islamique et l’Arabie Saoudite, foyer principal du salafisme mondial.

manuel valls arabie saoudite

Faut-il ainsi rappeler que Manuel Valls s’est rendu chez le partenaire clé de la France au Moyen Orient, l’Arabie Saoudite, pour signer 10 milliards d’euros de contrats dans différents secteurs d’activité. Cette monarchie saoudienne qui n’a jamais caché que la doctrine religieuse de l’Etat n’était rien d’autre que… le wahhabisme / salafisme ! Ainsi c’est bien dans l’antre du salafisme mondial que Manuel Valls est venu chercher des milliards d’euros de contrats sans dire un mot sur les femmes voilées, les droits de l’Homme ou encore “l’islam radical” pratiqué dans le royaume. Rien ! De quoi s’interroger sur la sincérité du combat du chef du gouvernement qui dit lutter contre salafisme tout en pactisant avec son principal promoteur.

Côté Badinter ce n’est guère mieux puisque cette dernière est la principale actionnaire de l’agence Publicis qui vient de signer un contrat juteux avec l’Arabie Saoudite. L’agence de communication est chargée du service de relations presse auprès du ministère des Affaires étrangères du royaume. L’icône du féminisme français travaille ainsi main dans la main avec cet Etat tant décrié où le voile est obligatoire pour les femmes musulmanes ! Est-ce que les valeurs féministes pour lesquelles la philosophe est tant respectée ne sont pas passées à la trappe devant les pétrodollars saoudiens du “royaume salafiste” ? En tout cas, tout porte à le croire…

badinter publicis

Devant ces contradictions évidentes de la part de nos deux principaux défenseurs d’une laïcité exclusive et d’une vision occidentalo-centrée du port du voile, les lecteurs sérieux ne pourront que douter de cette polémique stérile qui n’a que seules victimes les femmes musulmanes. A l’image du deux poids deux mesures sur l’application de la loi sur l’interdiction du voile intégral dans l’espace public sauf pour les saoudiens et qataris sur les Champs-Elysées, la “lutte contre le salafisme” et le voile n’est qu’une manière de plus de mettre sur le ban de la société une partie de la population française.

Le racisme et l’intolérance d’une élite française qui refuse de voir émerger cette France multiculturelle où les religions se côtoient et se respectent quotidiennement sont chaque jour plus flagrants. Il est question de solidifier cet apartheid de plus en plus visible qui veut que les populations des banlieues soient à jamais soumises et colonisées comme l’étaient leurs ancêtres un siècle auparavant. Mais c’est un combat perdu d’avance comme le démontre l’Histoire…

Alors que Jean Jaurès disait « il faut apaiser la question religieuse pour s’occuper de la question sociale », Manuel Valls à l’instar d’un Nicolas Sarkozy va se casser les dents sur un électorat musulman qui rejette sa nouvelle “bataille culturelle et identitaire”. Les socialistes de François Hollande ont échoué sur le plan social et économique et ont préféré jouer la carte du clash et de la montée du Front National. En 2017, ils en payeront les conséquences dans les urnes.

L’avenir appartient à cette jeunesse musulmane qui a décidé de briser les plafonds de verre, de mettre fin à “l’apartheid social et ethnique” et d’agir pour que cessent enfin ces diabolisations continuelles qui n’ont que trop duré. Le “vivre ensemble”, le vrai, ne pourra jamais exister avec une classe politique corrompue jusqu’au Panama et qui préfère alimenter les haines plutôt que de promouvoir la paix. Il est peut être temps à notre tour de rester debout toute la nuit jusqu’à ce que cela change…

Sami ZEID
Co-fondateur du site Islam&Info

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