La première écolière exclue pour port du voile revient sur son traumatisme

Dans un interview accordé au journal l’Express en Suisse, Amina Elaian-Talibi revient sur le calvaire qu’elle a vécu à 11 ans lorsqu’elle est devenue, malgré elle, le centre d’un débat sur le port du voile à l’école. Un témoignage difficile pour les musulmans français qui connaissent la même situation en France…

Amina, 17 ans, prépare un livre sur un évènement qui a changé sa vie alors qu’elle n’était qu’une petite adolescente de 11 ans. Cet épisode tragique de sa vie l’a fait grandir plus vite que les autres petites de son âge.

Alors qu’elle n’a que 11 ans, Amina va être la première victime collatérale de la laïcité-exclusive qui dorénavant fait le jeu de l’extrême droite en Europe. Lorsqu’elle arrive un matin avec un voile, Amina n’aurait jamais imaginé que cela provoquerait de tels remous dans une société suisse plutôt respectueuse et tolérante mais pourtant.

En avril 1997, Amina doit subir la commission scolaire de La Chaud-de-Fonds. Sa faute ? Elle porte un voile sur ses cheveux. Une chose inacceptable au nom de la laïcité à l’école… La jeune suissesse d’origine palestinienne va vivre un long calvaire semé de péripéties, de médiatisation à outrance et de procédures judiciaires.

“C’était invivable, traumatisant! J’éprouvais de la colère contre tous ces gens, comment pouvaient-ils s’acharner sur une gamine de onze ans ?”

Amina explique comment elle en a voulu à ces gens qui l’ont attaquée pour un simple voile. Elle, qui le portait librement par volonté personnelle, a connu les foudres des islamophobes paternalistes qui pensent toujours que la femme musulmane ne peut pas réfléchir par elle-même. Pourtant c’est bien le cas d’Amina, issue d’une famille respectant les préceptes de l’Islam, sa trajectoire personnelle l’a logiquement poussée à mettre le voile à la fin de sa puberté.

“Depuis toute petite, mon père et ma mère m’avaient éduquée, ainsi que mes frères, aux principes et valeurs de l’Islam. Ce choix, à l’arrivée de la puberté, était une évidence pour moi !”

A l’école, Amina trouve rapidement des soutiens, notamment son professeur, qu’elle décrit très tolérant et compréhensif, mais aussi ses camarades qui viennent l’avertir lorsqu’un journaliste ou un paparazzi fait le tour de la cour de récréation pour prendre une photo volée de la petite.

“Dès qu’ils repéraient des journalistes qui tournaient autour de la cour de récréation, ils venaient m’avertir et me cachaient dans une salle de classe.”

Pour Amina, cette situation est anxiogène. Elle décrit sa soudaine médiatisation comme une épreuve. Cette petite que personne ne connaissait hier devient vite une personnalité publique.

“Quand je sortais de l’école, je courrais jusqu’à la maison pour fuir ceux qui voulaient m’interviewer. J’avais l’impression de ne plus avoir d’intimité.”

Un an après l’interdiction de porter le voile par la commission scolaire de La Chaux-de-Fonds, le conseiller d’Etat Thierry Béguin, chef de l’Instruction publique, annule la décision. La laïcité ne s’appliquant qu’à l’école et non aux élèves, la liberté religieuse l’emporte.

Les traumatismes sont toujours présents. A 17 ans, Amina va publier son mémoire de fin d’études réalisé à la Haute école de travail social de Genève. L’occasion pour elle de décrire de l’intérieur le stress que beaucoup de musulmanes en Europe connaissent dorénavant lorsqu’elles se rendent à l’école forcées de retirer le voile, lorsqu’elles sont stigmatisées pour une jupe trop longue ou des gants au lycée.

La loi d’interdiction de signes religieux ostentatoires à l’école a provoqué un véritable ravage psychologique chez beaucoup de ces jeunes filles qui se vivaient françaises et musulmanes. Une laïcité mal appliquée qui a rapidement entraîné la mise au ban des écoles françaises d’une partie de la population. L’instrumentalisation de la laïcité a contribué à stigmatiser des femmes qui se sont senties incomprises et rejetées par la République.

En France, cela fait 10 ans que les jeunes musulmanes ne peuvent plus porter leur voile à l’école. Une situation que beaucoup d’entre elles ont très mal vécue ou vivent encore très mal. Pourtant, aucune organisation dite représentative n’a appelé à une action ou un rassemblement symbolique pour les 10 ans de la loi 2004 interdisant le hijab à l’école. La Communauté se doit d’agir pour ne plus subir une situation d’exclusion qui ternie l’image de la République et revendiquer son droit à pratiquer son culte librement.

Voir : Commémoration des 10 ans de la loi anti-voile à l’école (Conférence Elias d'Imzalène)

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